CHARGEMENT...
OÙ TROUVER VOTRE N° ?
Arts
Cancer, myopathie, fatigue chronique et douleur : Benoît Piéron a passé une enfance « hors du champ de la vie ». Aujourd’hui, l’artiste transcende cette expérience dans des formes à la fois cute et subversives. Ses peluches, ses lits d’hôpitaux et ses cabanes magiques racontent, l’air de rien, une vie à la merci du corps médical. Dernièrement, au fil de ses rencontres dans le milieu queer, Benoit Piéron à découvert qu’en plus de ce qu’il appelle « ses maladies de compagnie », il est né intersexe. « Je n’ai jamais vraiment su qu’elle était ma lettre dans l’acronyme LGBTQIA+. » S’il l’ignorait, c’est parce que l’establishment hospitalier a pour habitude d’opérer l’intersexuation au plus jeune âge et conseille aux familles d’en faire un tabou. Pour son exposition personnelle au Palais de Tokyo intitulée Vernis à ombres, le quarantenaire ressuscite la baie vitrée de son enfance, derrière laquelle est projeté un film porno abstrait, geste radical par lequel il se réapproprie son corps. Alors, comment vit-on quand la société nous place à la marge de tout ? Réponse avec un artiste qui s’est fabriqué loin de la norme.
Scènes
Avec Shout Twice, Mélissa Guex et Katerina Andreou imaginent une forme somatique à la croisée du spectacle de danse et du concert, pour réapprendre à voir comme à ressentir.
Cinéma
Vous craignez un énième coming of age queer ? Avec Bouchra, la plasticienne et réalisatrice Meriem Bennani et la cinéaste Orian Barki signent un film d’animation déroutant et sensuel, dont les personnages zoomorphes aux voix si singulières sauront vous toucher au cœur. Un film qui pose les grandes questions : l’amour familial, la loyauté et le secret, en salle le 3 juin.
Spectacle pour cinq interprètes, un espace et un public, Orchestre vide, longing for you de Habib Ben Tanfous s’empare d’un loisir populaire, le karaoké, pour mettre en valeur ce dont on préfère ne pas se vanter : nos imperfections, nos failles, nos fausses notes.
Pour sa sixième édition, le « schizo-festival » Interférence_S explore une certaine idée du parasitage sonore – ou comment l’usage détourné de la technologie peut instiller un virus poétique dans les circuits électroniques. Un trop-plein d’installations amassées dans un espace exigu, interférant entre elles au point de ne plus se faire « entendre ». Le chaos est-il fertile ?
Dans la piscine d’Éric Longequel, il y a : des ballons de baudruche, des cassettes VHS, une paire de ciseaux et l’envie de faire couler l’injonction spectaculaire. Dans ce court solo, le circassien mêle apnée et jonglage, immergé dans une cuve d’eau étroite.
Société
En français, on a pris l’habitude d’appeler improprement dièze le symbole précédant les hashtags, ces trend-topics qui alimentent le débat médiatique. Mais on a aussi importé du nouchi, l’argot d’Abidjan, le mot djèze, qui se prononce pareil et qui veut dire affaire. À mi-chemin entre le bruit du monde et les mots des gens, cette chronique trace sa route dans ce qui nous occupe.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père, No Yogurt for the Dead aborde la fin de vie à travers une balade musicale en milieu hospitalier. Puisque l’issue ne fait pas de mystère, honorons le voyage.
Le baroque a quatre cents ans, mais pas question de le laisser au placard. Josépha Madoki et Maud Le Pladec l’invitent sur scène à l’occasion du diptyque Concerto danzante. Au programme : glamour, waacking et choc culturel.
Deux artistes, deux générations : Mire Lee est une petite célébrité de l’installation contemporaine, Pipilotti Rist est reconnue depuis les années 1980 en tant que plasticienne et vidéaste féministe. À l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne, ces mini-rétrospectives croisées ouvrent une zone pour penser le corps et ses affects. Bienvenue dans The Psycho(Somatic) Zone.
Qu’est-ce que « bien vivre » ? Le sujet, éminemment politique, est aussi une affaire poétique. Qui de mieux pour s’en emparer que Coco Petitpierre et Yvan Clédat, duo connu pour sa mise en scène plasticienne et onirique. Aussi tendre que loufoque, L’art de vivre est une respiration.
Un artiste qui explore ses origines le fait-il au risque d’exotiser sa propre culture ? Dans ce solo bricolo, le metteur en scène Jonathan Capdevielle et le comédien Dimitri Doré pénètrent cette zone trouble, entre récit d’adoption et reconstitution du folklore balte.
COMMENT LA POLICE A INFILTRÉ LE CINÉMA FRANÇAIS
Prendre les spectateurs à partie en plein show ou les imiter le long d’une performance personnalisée ; les balader en fauteuil roulant, les yeux bandés ; leur soutirer un secret en privé puis le révéler en public. Pendant des années, les Flamands de Ontroerend Goed ont joyeusement malmené leur auditoire. Mais ça, c’était avant. Depuis le COVID, l’entité pilotée par Alexandre Devriendt a changé son fusil d’épaule : pourquoi diviser quand les gouvernements le font déjà si bien ? Désormais, les expériences participatives du collectif visent plutôt à nous connecter – et tous les moyens sont bons. Summit nous convie à l’écriture d’une nouvelle constitution pour les arts. Thanks for being here scanne les gradins à la caméra et nous met face à ce qui constitue une communauté de spectateurs. Handle with care va plus loin et confie les clefs du spectacle au public : une scène, quelques instructions sur des bristols et à vous de jouer. Directeur artistique de la troupe, Alexandre Devriendt revient sur ce qui, en vingt ans, a transformé une bande de potes dont les performances trash agitaient Gand en une compagnie dont les aventures interactives font le tour de la planète.
« En tant que créateur, quelle est votre histoire ? » Pour le sixième volet du cycle Histoire(s) du théâtre, c’est au tour de Tiago Rodrigues d’affronter la fameuse question lancée par Milo Rau en 2018. Habité par la disparition d’un père charismatique, No Yogurt for the Dead aborde le sujet de la filiation et du deuil à travers une balade musicale et onirique en milieu hospitalier.
Le théâtre de Sylvain Creuzevault nous avait habitués à une promesse ambiguë de grand soir. Des paroles jusqu’à la saturation. L’idéal porté à démesure. Le verbe trop haut pour la chair. Les idées trahies par les corps : dis-moi « révolution », je sortirai ma bite. Parle-moi de Dieu, je te répondrai avec un pet. De pièces en pièces, le metteur en scène de 43 ans remonte l’histoire à rebrousse-poil : Robespierre dans Notre terreur, Marx dans Le Capital et son singe, Dostoïevski qui regarde, en visionnaire, « par-delà le socialisme athée » dans Les Frères Karamazov. Le théâtre de Creuzevault dessine sa propre généalogie communiste, une « histoire à soi » des vaincus. Dernièrement, avec L’esthétique de la résistance et Edelweiss, France Fasciste, il s’est joué du récit officiel de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, le voilà qui accoste dans l’Italie des années 1960 et 1970. En s’emparant de Pétrole de Pier Paolo Pasolini, il porte encore au plateau une œuvre impossible. Pourquoi ? L’homme est peu disert sur cette question : « Parce que j’en ai le goût. » Dans une enfilade de notes, l’auteur dresse le portrait d’une société prise en étau entre les pressions du Vatican et les désirs d’émancipation, entre tradition et consommation. En toile de fond, un pouvoir corrompu, des relents coloniaux, l’action directe des Brigades rouges et le vrai terrorisme : celui de l’État. Au centre, un homme partagé entre ses aspirations à la réussite et ses désirs interlopes, la petite musique lancinante du refus de parvenir. De ce roman inachevé – le poète italien meurt avant sa publication dans des circonstances troubles – Sylvain Creuzevault tire sa pièce la plus désespérée. L’intensité est devenue fébrilité, les corps s’absentent, le rire abîme les dents.
Vous reprendrez bien un peu de philosophie ? Dans Tout doit disparaître, Stéphanie Aflalo se prépare à la mort de son père. Et la comédienne-dramaturge le fait à sa manière : à coup de rituels décalés ou de citations Yogi Tea. Un solo drôle et ingénieux sur la disparition des proches.
Mise en scène explosive du jeune chorégraphe Némo Flouret, Derniers feux nous nous convie aux préparatifs d’une cabale mystérieuse. Un tableau brut, sur lequel projeter toutes les urgences du moment.
Artiste multitâche connue à la scène comme à l’écran, Vimala Pons revient au théâtre avec un nouveau mastodonte. Composition chorale pour dix interprètes, Honda Romance propose un triptyque halluciné sur nos affects réprimés par le régime techno-capitaliste.
C’est au Liban qu’elles ont vu la mer pour la première fois et qu’on leur a arraché leur humanité. Les trois interprètes de When I saw the sea, la dernière création d’Ali Chahrour, sont des rescapées de la Kafala, un régime de tutelle qui peut basculer vers l’esclavage moderne au Moyen-Orient. Le chorégraphe libanais fait de la scène un espace concret de reconstruction des corps et de libération de la parole.
Les corps peuvent-ils échapper à l’emprise martiale au sein d’une société en cours de militarisation ? Marco da Silva Ferreira l’envisage dans F*cking Future, récit d’émancipation pour neuf interprètes, au risque d’esthétiser l’autorité.
Le plasticien Jérémie Bennequin souffle un vent mystique dans la Crypte d’Orsay. C’est celui du Cantique des cantiques, poème millénaire qu’il réinvente dans une installation poétique et conceptuelle où les mots déclenchent des formes et des fragrances.
Photographie
portfolio
« Qui commet le meurtre d’un homme qui se tue ? » Cette question ouvre Thésée, sa vie nouvelle de Camille de Toledo — une enquête intime, poétique et familiale qui embrasse les blessures de l’histoire européenne. Sur la scène du Théâtre Vidy-Lausanne, Valérie Dréville et Guy Cassiers donnent corps à ce Thésée moderne et nous invitent, nous aussi, à parcourir le labyrinthe de la mémoire. Mouvement vous emmène en coulisses de la création du spectacle.
La sud-africaine Ntando Cele ouvre le festival Next avec Wasted Land : un quatuor de chanteurs erre dans un monde post-apocalyptique et nous pousse à faire face aux conséquences de nos habitudes de consommation.
À travers un diptyque mêlant art vidéo et concert audiovisuel, le tandem palestinien Ruanne Abou-Rahme et Basel Abbas rend un hommage atmosphérique aux prisonniers politiques de Palestine et d’ailleurs. Un geste stylistique d’une grande douceur, qui peine néanmoins à problématiser la violence du moment.
Pas besoin de scène ni de gradin pour faire l’expérience de Je suis une montagne, installation performative signée Eric Arnal Burtschy. Dans l’air flottent une soixantaine de transats suspendus à des câbles. Là, allongé et les yeux fermés, le public s’engouffre dans un tunnel de sensations : chaud, froid, vent, vibrations et même une rasade de pluie en fin de parcours. Une bande son accompagne le voyage : des infrabasses, quelques frôlements, jusqu’à un paroxysme de textures synthétiques. Issu de la danse, le metteur en scène en est à sa deuxième création ne requérant aucune présence humaine en plateau – si ce n’est pour assurer la sécurité des participants. Médium artistique du futur ? Simulation environnementale ? Trip psychédélique ? À vous d’en décider – si vous ne craignez pas l’obscurité ni les orages.
Lieu commun des pancartes de manif’, l’image du grand manitou déplaçant les masses du bout d’un fil n’épargne aucun dirigeant un peu trop oublieux de l’intérêt commun. Avec Le Ring de Katharsy, Alice Laloy prend la métaphore marionnettique au pied de la lettre. Au rythme de quatre matchs sans pitié, six pantins en chair et en os subissent les directives de leurs leaders.
Après les variations sur papier de PLI (2022), Inbal Ben Haim s’intéresse aux possibilités formelles de la corde lisse à travers un dispositif où les spectateur·ices font évoluer la scénographie en direct. Une pièce à la narration encore fragile, qui parvient néanmoins à tisser une relation singulière à son public.
Avec Marius, adapté du classique de Marcel Pagnol, Joël Pommerat propose une création ultra-classique autour de l’enfermement social. Un virage inattendu pour le virtuose de l’hyper-réalisme magique. Sauf à considérer l’étroite coïncidence entre l’asphyxiante paralysie de Marius et le parcours de vie des acteurs qui l’incarnent.
LE KAZAKHSTAN SE DÉRUSSIFIE DE LA LANGUE AUX PIEDS